Escale à l'Ile Dumet
Située dans la baie de Vilaine, à 11 km de la côte sud du Morbihan et à 7 km au nord-ouest de PIRIAC-SUR-MER (commune dont l'île dépend administrativement), entre les pointes de Quiberon et du Croisic, cette petite île d'un peu plus de 8 hectares en nature de pelouse, partiellement boisée de cupressus, offre une côte rocheuse et comporte deux anses plus accessibles, au nord-ouest la baie de Port Manès avec plage de sable, au sud-est la baie de Grand-Port avec plage de galets en forte pente.
Plateau d'herbes rases à l'origine, un bois de cyprès de Lambert a été planté vers 1950. Ces derniers se sont très bien adaptés, notamment dans la partie abritée de l'île, c'est-à-dire entre le Fort Carré et le Fort de Ré. Ces cyprès constituent aujourd'hui un petit bois très touffu. Il subsiste par ailleurs une haie de cette essence, qui à l'origine clôturait l'ancien jardin potager et quelques cyprès isolés. Lors de la plantation des cyprès de Lambert en 1952 un rideau continu entourait l'île surplombant la falaise. Ils ont aujourd'hui disparu.
Parsemées sur l'île, quelques constructions émergent de la nature sauvage. On remarquera plus particulièrement le Fort Carré (Fort VAUBAN) et le Fort de Ré ( ou Fort Rond ) daté de 1760 mais on retrouve également la bergerie, le hangar abritant un treuil, les vestiges d'une ancienne cale de halage, le cabestan, le mur de soutènement ainsi qu'une balise lumineuse.
Une visite du 15 juillet 1993 a permis le recensement de 73 espèce de végétaux vasculaires (on soupçonne donc l'existence d'une centaine d'espèces). Une dégradation végétale de l'île est observée. Celle-ci est attribuée à une fréquentation touristique dense et mal contrôlée mais également et surtout à une pression considérable des "oiseaux nicheurs".
La faune de l'île
La faune de l'île est essentiellement composée d'oiseaux (mis à part une espèce reptilienne (le lézard des murailles) et un mammifère (le lapin de garenne)) dont le goéland argenté constitue la principale, sinon la seule, variété (6 000 à 7000 couples recensés contre 200 à 250 pour le goéland brun, 2ème espèce de l'île. Cette écrasante domination ( on dénombre environ un nid pour 10 m2 ) est un facteur limitant pour l'installation d'autres espèces. "L'île aux sternes est devenue l'île aux goélands".
Historique de l'Ile Dumet
Poussés par les dernières découvertes géographiques et l'établissement des empires coloniaux, des géographes cherchèrent à découvrir un centre des continents. En 1912, le Professeur BERGER, membre de l'Institut Océanographique, après des recherches longues et difficiles, fit cette communication définitive et formidable à l'Académie des Sciences: le centre des terres émergées, autrement dit le pôle continental se trouvait à l'île Dumet. Cette situation exceptionnelle (même si elle n'a jamais été démontrée) a fait la renommée internationale de l'île mais ne constitue pas à elle seule son seul attrait.
En effet peu de gens savent que le site fut dépeint par nombre d'écrivains célèbres qui ont cherché l'inspiration
sur cet îlot rocheux balayé par les vents et les tempêtes. DAUDET, ZOLA, CHATEAUBRIAND, FLAUBERT
ou encore Maxime du CAMP s'y sont succédés. Ces deux derniers purent écrire, à l'occasion de leur visite sur
l'île Dumet durant l'année 1847 qui vit l'édification de fortifications, ces quelques lignes :
"Nous arrivâmes à l'île Dumet, trempés par les coups de mer et refroidis par le vent. Un rayon de soleil arriva
fort à propos pour nous réchauffer: l'île n'a qu'une maison et pas un abri. C'est une prairie entourée de rochers.
On taille la pierre à coups de pioche pour y bâtir un fort. Le bruit des marteaux a chassé de leur retraite les
oiseaux de mer, mouettes, goélands et macreuses (...)".
Outre ces intérêts géographique et littéraire on ne manquera pas de mentionner un intérêt historique (lié à la situation stratégique du site) et biologique. En effet pour les naturalistes le plus grand intérêt de l'île est assurément sa qualité ornithologique et son évolution comme en témoignent les nombreuses observations et publications parues à ce sujet .
La richesse historique de l'île
La localisation de cette île, entre les embouchures de la Loire et de la Vilaine, lui conféra au cours des siècles une position stratégique (d'où la présence de fortifications), que ce soit de la guerre de César contre les Vénètes, lors de l'invasion normande ou au XVIIIe siècle, époque durant laquelle fut construit sur l'île le Fort Rond.
La plus ancienne mention de l'île date de 1123. Une garnison l'occupa en 1757. Par la suite l'île Dumet fut un point stratégique dans le combat des cardinaux. L'île Dumet a été le théâtre d'innombrables débarquements et batailles dont certains furent décisifs dans l'Histoire de France. Elle fut par ailleurs la plaque tournante de nombreux trafics en tous genres.
Un bref résumé sous la forme d'un tableau récapitulatif des principaux événements de l'île au cours des siècles suffira à démontrer que plus qu'une île, ce lieu est une partie de notre Histoire.
- Vers le Vème siècle Occupation de l'île par des Danois et les Saxons.
- VIème siècle L'évêque de Nantes baptise les Saxons. L'île devient le refuge d'ermites.
- VIIIème siècle Occupation de l'île par les Vikings.
- XIIème siècle (1123) L'île Dumet devient la propriété de l'épiscopat de Nantes.
- XVIème (1557) Occupation de l'île par une coalition Hispano-anglaise.
- (1590) Débarquement sur l'île des troupes Espagnoles commandées par Juan d'Aquila.
- (1665) Edification d'un fortin sur l'île.
- XVIIIème Début de ce siècle, installation d'un poste militaire permanent sur l'île.
- (1760) Construction du Fort de Ré.
- (1761) L'Ile Dumet est réarmée.
- (1771) L'île Dumet devient la propriété du Comte Jacques Mahé de la Bourdonnais.
- (1782) Le Fort de Ré est désaffecté. Il devient la maison des gardes.
- (1799) Débarquement du général Georges Cadoudal et de son armée.
- XIXème (1840) Construction du Fort Carré. Une garnison s'y installe.
- (1879) L'armée abandonne définitivement l'île.
- (1890) Le gardien Cariou disparaît. L'île est de nouveau désertée.
- XXème (1912) Le Professeur Berger annonce: "le pôle continental est situé à l'île Dumet".
- (1950-1955) Installation de la famille Fleury de Vallois.
- (1987) la famille Fleury de Vallois quitte l'île.
- (1990) L'île Dumet devient la propriété du C.E.L.R.L.
La fréquentation touristique de l'île Dumet
Une étude menée durant l'été 1994 par une équipe de chercheurs du C.N.R.S a permis de déterminer les principales caractéristiques de la fréquentation touristique insulaire.
Cette étude est d'autant plus importante qu'une des missions du Conservatoire de l'Espace Littoral est l'ouverture au public des sites acquis par l'établissement public. Il était donc indispensable qu'une telle étude fût réalisée.
On retiendra que le climat est un élément essentiel et fondamental pour la fréquentation, que celle-ci est avant tout récréative et qu'on se rend à l'île Dumet des ports continentaux proches sur des bateaux à voile ou à moteur de petite taille. Il s'agit principalement d'un site de fréquentation à la journée. Lorsqu'il s'agit d'un lieu d'escale, les séjours sont de durée très variable, l'île étant tantôt un but de navigation, tantôt de promenade.
On notera que l'île n'est pas celle des "Robinson". Au contraire comptera-t-on jusqu'à 200 personnes par jour. Ces visiteurs sont plutôt des initiés , ils connaissent l'île de longue date et ont conscience d'avoir des droits mais également des obligations envers le lieu. La visite s'effectue en famille et/ou entre amis. Ce qui plaît sur l'île c'est y débarquer en annexe et approcher la nature et les oiseaux: "Dumet : la journée estivale au parfum d'exotisme insulaire".
Ce qui déplaît aux adultes c'est l'état abandonné du site (d'où l'idée d'une mise en valeur du site au travers d'une action foncière du C.E.L.R.L puis d'un gardiennage pour l'entretenir, le gérer...), les cadavres d'oiseaux, les mouches... Les enfants, au contraire apprécient le côté naturel du site qui excite leur imagination.


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